Philosophie

33 €
par Régis Lecu
P13

L’homme diffère-t-il radicalement de tous les animaux ou est-il un animal parmi d’autres? La réponse décide de la valeur que nous attribuons aux animaux et du type de relation qui nous lie à eux. L’humanisme est-il conciliable avec la reconnaissance des droits de l’animal ? Comment éviter les dérives du transhumanisme, en restant attentif à notre part irréductible d’animalité ?

Mercredi 14h à 16h . Office du tourisme

Dates : 7/10 - 4/11 - 25/11 - 9/12 - 6/01 - 20/01 - 3/02 - 3/03 - 17/03 - 31/03 - 28/04 - 12/05 - 26/05

Supplément d'information

Nous assistons aujourd’hui à un renouvellement du statut de l’animal et de notre rapport à lui : redéfinis par le Code Civil comme « êtres vivants et sensibles », les animaux ne sont plus de simples choses. Et ils pourraient être reconnus comme « personnes physiques non-humaines » dotées de nouveaux droits, envers lesquelles nous aurions des devoirs inédits.

Ce renouvellement fait débat et suscite de vives controverses car il remet en cause nos pratiques d’exploitation des animaux : élevage intensif, abattage industriel, chasse, corrida, animaux de compagnie etc. Plus profondément, il bouleverse des habitudes de pensée bien ancrées sur la singularité et la supériorité de l’homme, qui justifieraient nos comportements envers les autres espèces, en nous conférant une sorte de blanc-seing sur la totalité du vivant.

Notre parcours ne pourra éviter de questionner les différentes interactions entre l’homme et le monde animal, car elles renvoient toutes à notre responsabilité d’espèce et nous lancent des défis à la fois moraux et pratiques : peut-on choyer son animal de compagnie, en restant aveugle à la souffrance animale dans l’abattage industriel ? Ce grand écart dans nos pratiques est-il moralement défendable ou au moins cohérent ? Est-il imposé par notre nature, car nous ne pourrions pas vivre autrement ou faut-il reconnaître avec lucidité que nous ne le voulons pas ?

Mais la question de la relation entre l’homme et l’animal renvoie en premier lieu à leur différence ontologique : qui sommes-nous et qui sont-ils ? Cette question sera notre point de départ, car elle décide de la valeur que nous attribuons aux animaux et du type de relation qui nous lie à eux.

L’homme et l’animal : différence de degré ou de nature

Faut-il suivre les philosophies grecque et latine, qui faisaient de l’homme un degré dans la grande « chaîne des êtres » rassemblant minéraux, végétaux et animaux ? Ou faut-il suivre les monothéismes, qui ont rompu cette unité du vivant en posant une différence de nature entre l’Homme, image de Dieu et maître de la Nature, et la diversité des êtres naturels ? Il faudra attendre la théorie Darwinienne de l’évolution pour que soit réaffirmée l’unité du vivant et que l’homme soit à nouveau considéré comme un animal parmi d’autres, voire un animal comme les autres.

L’homme et l’animal : dans le miroir

Qu’elle soit philosophique, théologique ou scientifique, l’affirmation originaire d’une différence de degré ou de nature semble nous assigner des places séparées dans le monde : nous sommes ceci, ils sont cela. Mais en réalité, la limite n’est jamais évidente et les différentes traditions n’ont cessé de rechercher les ressemblances et les dissemblances : l’homme et l’animal se contemplent dans un miroir déformant, dans un chassé-croisé où l’homme se définit par rapport à l’animal, tout en se figurant fantasmagoriquement l’animalité comme une déformation ou un amoindrissement de sa propre humanité.

En découvrant de nouvelles caractéristiques communes aux différentes espèces, les progrès de l’éthologie réduisent sans cesse le « propre de l’homme ». Cette difficulté à délimiter une nature humaine n’est en réalité pas nouvelle : si pour l’humanisme de la Renaissance, l’homme est un « grand miracle », ce n’est pas par une nature qu’il aurait reçue en propre mais parce qu’il peut les rassembler toutes, en unissant en lui l’animalité et l’intellect de l’ange. En prenant le contre-pied de ce caractère d’exception défendu par l’humanisme, l’antispécisme contemporain voudrait voir en l’homme un animal « comme les autres », dépourvu de tout privilège ontologique. Ce chassé-croisé entre l’homme et l’animal ne peut se conclure que par un défi : peut-on réellement penser l’animalité comme altérité ? Par exemple, qu’est-ce que ça fait d’être une chauve-souris ?

L’homme ET l’animal : un premier sens du « et » qui juxtapose des éléments distincts en leur assignant des identités ; un deuxième sens les rend indissociables, conduit à des définitions croisées et installe l’animal dans notre imaginaire.

L’homme et l’animal : Eux et nous

Nous garderons en tête ces deux niveaux en questionnant les relations réelles entre l’homme et l’animal : « eux et nous ».

A quels sens préalables du « et », l’exploitation de l’animal par l’homme renvoie-t-elle ? Faut-il classer à part des rapports traditionnels de domination comme la chasse ou la corrida, en leur reconnaissant une fonction symbolique ?

Peut-on concilier l’humanisme avec la reconnaissance des droits de l’animal, sans aboutir à l’antispécisme ? Y-a-t-il place pour une position intermédiaire qui définirait l’homme comme un « animal parmi les autres » mais pas « comme les autres » ?

Sans eux

Enfin, au moins à titre de conclusion provisoire, il nous faudra réfléchir au « nous sans eux », en analysant les dangers de l’oubli de notre part irréductible d’animalité, dans les dérives du transhumanisme. Montaigne nous prévenait déjà contre cette « folie » dans les « Essais » :

Ils veulent se mettre hors d’eux, et échapper à l’homme. C’est folie : au lieu de se transformer en anges, ils se transforment en bêtes : au lieu de se hausser, ils s’abattent. Ces humeurs transcendantes m’effrayent, comme les lieux hautains et inaccessibles.

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P1301 Régis Lecu Mer 14h - 16h Office Du Tourisme 163